Rudy Mirabel, Oyaba : « À notre échelle, on essaie de mettre en place des actions pour valoriser au mieux les femmes à travers le sport »

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Oyaba est une agence qui œuvre pour offrir aux sportives la visibilité qu’elles méritent. Un engagement pour faire évoluer le sport féminin à travers du storytelling et des collaborations, l’agence développe une approche centrée sur l’humain. Rudy Mirabel, co-fondateur, revient sur son parcours, ses motivations et ses ambitions à travers cet entretien.

Parcours et création

Comment vous est venue l’envie de créer Oyaba ?

Je pense que j’ai toujours eu une sorte de fibre entrepreneuriale. J’ai co-fondé mon premier média en 2010, je devais avoir 15-16 ans, je ne me rendais même pas compte que c’était déjà de l’entrepreneuriat. Des années plus tard après mes études de journalisme, on lance un second média avec des amis, mieux construit et plus professionnel, mais toujours sans avoir de business plan en tête, c’est la passion qui nous animait. Puis c’est en travaillant par la suite dans un club de basket féminin, en côtoyant des sportives et en échangeant avec un de mes amis proches qui est agent dans le foot féminin que j’ai compris qu’il y a avait un réel besoin et pas mal de problématiques à résoudre. J’ai réfléchi à ce que je savais faire, à toute l’expérience passée accumulée et la création d’Oyaba est devenue pour moi une évidence.

Quel est votre parcours avant d’avoir crée l’agence ? 

Après un bac ES (à l’époque, c’était encore catégorisé de cette façon.), j’ai poursuivi des études de journalisme et obtenu une licence. J’ai ensuite monté un média indépendant et en parallèle, j’ai fait tous les jobs possibles (restauration, ventes, etc). J’ai fait de la photo, de la vidéo, je me suis formé de manière autodidacte pour les besoins du média. J’ai ensuite repris mes études dans le marketing avec un master brand content. J’ai travaillé en tant que responsable de la com de l’US Ivry Handball puis j’ai rejoint l’agence créée par l’athlète Mame-Ibra Anne : Miagency. C’est une rencontre qui a été un vrai tournant pour moi. C’est un gars qui me ressemble, qui me donne l’opportunité de m’exprimer et de me développer. En tant que noir en France, on se met pas mal de barrières surtout en fonction des milieux dans lesquels tu évolues. Tu penses que tu ne peux pas faire telles ou telles choses parce que ce n’est pas accessible pour les gens comme toi. Être à ses côtés, apprendre de lui, c’est quelque chose qui a été très inspirant pour moi. Pour la petite anecdote, la première fois que je le rencontre, il me ramène avec lui dans un rendez-vous business à Angers. Tu vois directement les choses différemment et tu te donnes à 1 000 % derrière parce que c’est ta manière d’être reconnaissant. J’évolue donc au sein de l’agence Miagency et à la fin de mon contrat, on lance Oyaba. 

Le sport féminin

Selon vous, quels sont aujourd’hui les axes d’amélioration pour mieux valoriser les femmes dans le sport ?

Il y a beaucoup de choses à dire, car il y a tellement d’axes d’amélioration. Déjà, il y a le levier économique. C’est le nerf de la guerre. Le sport féminin a besoin de plus de moyens financiers pour se développer davantage. Les infrastructures et l’accès à la pratique sportive pour les filles doivent être améliorés, et ce, dès le plus jeune âge. La diffusion sportive, également, est une partie du problème. Mais pour être diffusé, il faut des moyens et pour avoir des moyens, il faut être diffusé, c’est le serpent qui se mord la queue. À ce stade, il faut comprendre que c’est un investissement, là où beaucoup pensent de manière court-termiste.
Je pense également qu’il y a aussi une problématique culturelle. Mais que cela est propre au sport en France de manière générale. Il faudrait que l’on intègre que le sport doit être consommé comme un divertissement et qu’il soit plus attractif, aussi bien pour les consommateurs que pour les marques. Il faut développer des actions qui donnent envie aux gens de se déplacer dans les stades, dans les gymnases, aux diffuseurs de diffuser, aux marques de se positionner.
Il faut aussi que les sportives elles-mêmes prennent conscience qu’elles ont un rôle à jouer, qu’elles peuvent être des role models et qu’elles sont légitimes. La réalité, c’est que le sport est le reflet de la société, lorsque les choses évoluent socialement, elles évoluent dans le sport également. En-tout-cas, à notre échelle, on essaie de mettre en place des actions pour valoriser au mieux les femmes à travers le sport. Le chemin est encore long.

Concrètement, comment accompagnez vous les sportives au quotidien (image, médias, partenariats…) ?

On accompagne nos sportives sur tous les axes qui touchent et impactent leur image. L’idée est de toujours rester fidèle et en adéquation avec qui elles sont réellement. Donner vie à leur projet, co-construire leur storytelling, les conseiller dans leur positionnement… Tous ces axes font partie de notre accompagnement. À cela, tu ajoutes la notion de prospection de partenaire et la relation presse. On a vraiment une vision 360 de ce dont l’athlète a besoin pour l’optimisation de son image et le développement de sa carrière. Concernant la partie sportive, nous n’intervenons pas. Nous ne sommes pas agents sportifs, ce n’est pas notre rôle de leur trouver des clubs ou des compétitions. Même si l’image peut être dépendante du sportif et qu’elle peut également avoir un impact sur le sportif, ce sont réellement deux sujets différents.

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Le groupe Oyaba

L’humain est au centre de votre métier. Comment construisez vous une relation de confiance avec les sportives que vous accompagnez ?

En effet, l’humain est primordial. C’est aussi ce qui rend ce métier aussi compliqué et très énergivore. La gestion de l’humain peut s’avérer être très difficile parfois. Quand ça se passe bien, c’est super, mais lorsque c’est plus creux, tout est de ta faute. Il faut aussi se dire que le sportif doit penser à sa carrière, il ne réalise pas forcément tout le travail que tu fournis pour lui. Il est en quête d’opportunité et s’il veut être accompagné pour développer son image, c’est pour en avoir, donc c’est compréhensible.

En réalité, c’est ce qui est compliqué : la partie humaine est au cœur du jeu, mais ça reste un business, dans un sens comme dans l’autre. C’est aussi pour ça que chez Oyaba, on a un ADN très familial, même si tout le monde pourrait dire ça, je pense qu’il y a quelque chose de culturel chez nous. Ça a des inconvénients, mais c’est aussi ce qui fait notre force. Si humainement ça ne passe pas, on ne travaillera pas avec toi, même si le potentiel du profil est intéressant, un moment ça ne matchera plus.

En résumé, la relation de confiance, elle démarre avec un feeling puis elle s’établit et se concrétise par le travail que l’on fournit. La plupart des sportives avec qui on travaille nous ont démarché parce qu’elles ont entendu parler de nous. Finalement, je pense qu’il n’y a rien de mieux que le bouche à oreille et la recommandation, cela permet de partir sur une certaine base. Ensuite, c’est à toi de gagner la confiance par ton travail. Au final, il n’y a que ça qui compte.

Vous accompagnez exclusivement des sportives. Comment abordez-vous des moments de carrière particuliers, comme une grossesse ?

Pour nous, c’est une partie de leur histoire, c’est incroyable de pouvoir accompagner une athlète dans toutes ses étapes de vie et valoriser celles-ci. Je peux d’ailleurs me permettre d’en parler, car on accompagne Laura Flippes (handballeuse vice-championne olympique) qui est justement mère de jumeaux désormais. On a un rôle encore plus important à jouer dans ces périodes-là. C’est l’occasion de lui trouver davantage d’opportunités, se rapprocher de marques qui peuvent l’accompagner dans cette étape de vie par exemple. Des marques comme Cybex, Néobulle, Les petits Culottés, etc. Qui l’ont facilité dans cette étape. Il y a aussi d’autres caractéristiques propres à chacune de nos athlètes. Notre accompagnement s’adapte également en fonction des profils et de leurs spécificités.

Le développement du projet

Tiémoué Bakayoko vous a rejoint au sein de l’agence. Que vous apporte sa venue dans le projet ?

Tiémoué, c’est un joueur de football qui a une grosse carrière et une notoriété équivalente donc forcément, c’est un coup de projecteur pour notre agence, notre travail, et c’est bénéfique à tout notre écosystème. Au-delà de ça, c’est aussi une histoire familiale qui remonte à l’enfance. Il est au fait de ce qui se fait depuis le début de l’aventure et il a suivi l’évolution. Il permet aujourd’hui d’apporter son expérience en tant que sportif de haut niveau concernant les besoins d’un athlète, apporte un œil et une vision différente de certains sujets interne. C’est aussi un réseau qui s’ouvre plus facilement et potentiellement une locomotive pour d’autres qui auraient envie de le suivre dans sa démarche. Aux Etats-Unis, il y a de nombreux athlètes avec une grande notoriété qui s’investissent dans le sport féminin. En France, on attend toujours. C’est ce qu’il souhaite initier en parallèle de sa carrière de footballeur.

Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années?

Continuer à grandir comme on le fait. On est la première agence à avoir un positionnement uniquement féminin à travers le sport et je pense que ça inspire d’autres personnes à s’investir également, à développer des projets et c’est tant mieux, car ça permet de faire évoluer les choses. On aimerait déployer davantage d’actions, de projets et faire grandir nos équipes. On reste une agence encore très jeune, mais on a de grandes ambitions pour la suite.

Un grand merci à Rudy pour sa disponibilité et la confiance accordée.
Nous lui souhaitons le meilleur pour la suite de l’aventure Oyaba et le développement du sport féminin.

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